M. CODDERENS.- Monsieur le Président, Mes chers collègues,
Le contrat triennal traduit la volonté de soutenir la vocation européenne de Strasbourg, seule ville française siège d’institutions européennes majeures. Bien. Qu’en est-il en réalité ? Quand on connaît la tendance à tout rapatrier sur Bruxelles, sommes-nous sûrs de garder le Parlement à Strasbourg ? Ainsi, quelle ne fut pas ma stupeur en apprenant dans un article des DNA que certains proposent de faire un institut de recherches à la place du Parlement. Mais gardons espoir et faisons comme si, encore que ce ne soit pas très honnête.
Sur le contrat triennal en lui-même et non sur sa volonté, je vois trois objectifs qui ne sont que des rattrapages, voire des développements de politiques propres à toute grande capitale régionale française. Toutefois, il reste que, le plus gênant, ce sont les effets d’annonce qui cachent une réalité qui n’est pas toujours glorieuse. Pour éclairer mon propos, je prendrai quelques exemples dans chacun des objectifs.
Pour l’amélioration de l’accessibilité de Strasbourg, capitale européenne :
Le grand et beau projet train-tram, tout d’abord, s’est retrouvé, grâce au phasage, complètement déphasé. Il n’est plus, aujourd’hui, que l’ombre de lui-même. Les travaux à réaliser sur le réseau ferré ayant été reportés, notamment en ce qui concerne l’inter-connexion des rails de la CTS et de la SNCF, par le tunnel de la gare, le train-tram s’est transformé en petit train classique. L’absence de calendrier et de planification financière relatifs à un grand projet lui fait perdre sa cohérence. Mais je pense que vous êtes aujourd’hui au stade où vous ne pensez plus qu’à tirer parti d’un accord signé, pour profiter du financement prévu au contrat triennal. Quand on trompe les clients sur la marchandise, cela s’appelle du vol.
Quand à l’amélioration de l’accessibilité routière beaucoup de choses restent en suspens. Je ne puis que relayer un certain scepticisme, et bon nombre d’interrogations de la part des riverains. Quid de la réduction de la pollution sonore ?
Par ailleurs si l’aménagement du carrefour RN83, Fegersheim-Lipsheim est pris en compte, qu’en est-il de celui au niveau Orangina - Rue des Platanes ?
Va-t-on se retrouver encore une fois devant un projet clef en main qui capotera faute de fausse transparence ?
Encore une fois, ne faites pas du contrat triennal une éniéme pompe à sous qu’il faut vite utiliser dans des projets que je n’ose dire bâclés !
Pour l’enseignement supérieur, l’éducation, la recherche et le rayonnement international.
Il est vrai qu’il faut fédérer et valoriser l’enseignement supérieur et la recherche à Strasbourg et que le Collège doctoral européen peut en être un moyen.
Le C.D.E. est l’exemple phare de l’excellence du pôle d’enseignement supérieur. Il est donc intéressant de s’informer sur la philosophie de ses fondateurs, de leur programme. On sait à la lecture du rapport qu’il offrira à ses étudiants une formation commune, transversale, centrée sur la culture européenne. Là se pose la question de savoir quelle est cette culture européenne. A-t-elle été définie ? Fait-elle l’unanimité ? Est-elle celle des 1500 ans de racines chrétiennes ? Que nenni ! J’ai donc cherché plus loin les documents et articles qui m’éclaireraient sur cette nouvelle Europe culturelle. Et j’ai trouvé… La théorie de la cohérence culturelle de l’Europe : il s’agit, en fait, de fédérer dans une anthropologie fondamentale une conception de la culture qui a l’avantage de dépasser les idées préconçues ou les éléments sentimentaux qui tiennent lieu, en la matière, de doctrines ou de certitudes. Asseoir conceptuellement la notion de culture, c’est aussi se permettre, enfin, d’en avoir une compréhension efficiente, et de développer en conséquence des méthodes opérationnelles. Rien n’interdit, alors, d’y ré-investir sensibilité et imaginaire, mythe et poésie, craintes et aspirations.
Saluons la clarté de cette nouvelle Europe culturelle, qui fera sûrement l’unanimité, puisqu’ incompréhensible au commun des mortels.
Comme le disait un grand auteur français : « ce qui se conçoit bien s’énonce aisément, et les mots pour le dire arrivent alors clairement ».
Bref, la théorie de la cohérence culturelle de l’Europe, c’est une nouvelle construction du cerveau rationnel, qui écrase les deux autres composantes du cerveau humain. Le consensus, c’est le rapetissement de chacun et la négation de l’avis de tous. Nous aurons donc, en conclusion, de beaux bâtiments pour servir un mauvais esprit.
Concernant cet objectif je terminerai par le pôle européen d’administration publique.
Si la France perd des parts de marché, elle gagne celui de l’exportation de ses fonctionnaires. Elle excelle tellement dans ce domaine qu’on lui confie la standardisation et la formation des futurs fonctionnaires européens. Je trouve triste la disparition des spécificités de chaque pays au profit du rouleau compresseur européen, et cela d’autant plus que les électeurs nous l’ont encore rappelé lors du dernier référendum.
Enfin le troisième objectif sur la consolidation du rayonnement culturel de Strasbourg met en évidence, par une liste à la Prévert, qu’il n’existe pas de réelle politique culturelle.
Il s’agit bien plus pour vous d’épuiser un budget que de donner une « idée » de Strasbourg. Quelle cohérence peut-on trouver entre la médiathèque, le Zénith et la bande dessinée.
Je concluerai en disant qu’encore une fois, l’Europe vous aveugle et vous empêche de définir un développement culturel endogène de Strasbourg.
Après cette mise en relief de certaine idées, vous vous étonnerez peut-être de notre abstention, mais elle soulignera la compétence technique du dossier et quelques bons projets comme le pôle image ou le pôle de compétences en propriété industrielle.







